Publi le vendredi 30 mai 2008

Le péage sur les ponts

30 05 2008

Tout indique que la ville de Montréal imposera le péage sur les ponts pour financer le développement du transport en commun. Est-elle sérieuse ou s’agit-il d’une stratégie pour forcer Québec à délier les cordons de sa bourse, l’avenir nous le dira. Mais mettre en œuvre le péage est une excellente décision.

Le péage a déjà existé sur certains ponts dont Jacques-Cartier et Champlain. Il a été aboli à l’époque où on se croyait riches, que la pollution n’était pas encore un problème, que l’essence coûtait des pinottes et que le transport en commun était conçu pour les pauvres qui n’avaient pas les moyens de s’acheter une auto. Les temps ont changé. Il faut absolument développer le plus rapidement possible un système de transport en commun étendu à l’ensemble de la région de Montréal, efficace, disponible en tout temps, confortable et attrayant pour diminuer de façon importante l’utilisation de l’automobile. Cela coûtera très cher.

Québec n’a pas les ressources financières pour financer un projet évalué à plus de 5 milliards. C’est sans compter l’opposition des régions qui vont se plaindre qu’autant d’argent soit consacré à un problème qui ne les concerne pas ou si peu. Il faut que Montréal trouve la plus grande partie de l’argent à même ses ressources. Actuellement le transport en commun est financé par les usagés, les subventions gouvernementales et tous les citoyens de la région avec leurs taxes municipales via les quotes-parts payées par les municipalités. Ces sources de financement sont déjà insuffisantes pour maintenir le réseau dans un état de fonctionnement optimal et on ne peut pas augmenter leurs contributions au-delà du seuil actuel sans causer d’énormes remous.

La seule solution réaliste et efficace est de faire payer l’accès à l’île de Montréal. Cela aura des effets positifs immédiats et mesurables comme l’augmentation des usagers du transport en commun et de ses revenus, la diminution de la pollution et de la détérioration des rues, des heures de pointe plus fluides, une meilleure qualité de vie pour les montréalais et les banlieusards, etc. Montréal évalue les revenus du péage à 200 millions par années, soit 2 milliards sur 10 ans. Si on ajoute à cela les revenus de toutes les autres sources, elle disposerait des sommes nécessaires pour doter la région du système de transport en commun moderne dont tout le monde rêve.

Le péage n’est pas une solution parfaite. Certains craignent que le centre-ville se vide au profit des banlieues où poussent déjà des similis centres-villes comme le Dix-Trente à Brossard. Ces développements se font déjà alors qu’il n’y a pas de péage parce que la banlieue s’étend de plus en plus et que les gens souhaitent obtenir des services de proximité. Cette tendance va se poursuivre à cause du prix de l’essence qui ne cessera pas d’augmenter. Le centre-ville va rester vivant parce qu’autant de personne vont s’y rendre, mais de façon différente et que les montréalais sont suffisamment nombreux pour le faire prospérer. Le péage pourra aussi être modulé pour permettre un accès moins cher ou gratuits à certaines périodes comme les fins de semaine. Quoi qu’il en soit, certains banlieusards évitent déjà le centre-ville parce que les voies d’accès comme la Métropolitaine et l’autoroute Décarie sont engorgées 7 jours par semaine.

J’espère que la ville de Montréal va avoir le courage politique d’aller de l’avant. Ce sera un dur coup (coût?) à encaisser au début, mais les bénéfices ne tarderont pas à profiter à tout le monde.